#02 Aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles, des origines incertaines

Comme l’énoncent clairement les généalogistes royaux du milieu du XVIIème siècle, puis au début du XVIIIème siècle (1), le premier membre de la famille des Ligneris que l’on connaisse par titres, et jusqu’auquel on puisse remonter la filiation, vivait en 1460.

Avant cela, seules nous renseignent « les mémoires domestiques, mais dénuées de titres » (2) pour ce qui concerne les XIIème, XIIIème et XIVe siècles. Leur plus ancienne trace se trouve dans les manuscrits du prieur Guillaume Laisné, qui les rédigea vers 1600 (3). Autant dire qu’il faut prendre ces éléments avec d’infinies précautions, et qu’ils ne sont à ce jour pas prouvés.

Le plus ancien représentant de la famille serait un certain Étienne des Ligneris (« Estienne »), qui vivait en 1184. Chevalier, seigneur de Méreinville (4) à proximité d’Etampes, il aurait épousé Henriette Lestendars fille du baron de Besne (ou Beyne). Repère : carte d’Etampes et Mereville hier et aujourd’hui

Il aurait eu pour fils Guillaume des Ligneris, seigneur de Mérainville, chevalier et chambellan du roi, qui vivait en 1230, et aurait épousé Radegonde de Meslot (ou Mello). Elément intéressant, sa femme aurait été une sœur de Guy de Meslot, évêque d’Auxerre – les évêques étaient des personnages-clefs de l’organisation sociale de l’époque.

Encore plus intéressant, les manuscrits du Cabinet des Titres mentionnent que Guillaume des Ligneris aurait obtenu un arrêt du Parlement de Paris contre Guillaume de Prunelé seigneur de La Porte, son vassal. Cet arrêt « se trouve dans les registres du Parlement, coté Olim, rapporté par Basquet (?) en l’an 1233 ».

Fait plus troublant, la même affaire est également citée par Moreri dans son « Grand Dictionnaire Historique » de 1759, à l’article Prunelé, avec plus de détails, mais une date différente : « Ce fut lui [Guillaume III de Prunelé] qui fit élever une espèce de forteresse dans sa terre de la Porte, qu’il tenait du roi, à l’occasion de quoi il eut procès contre Guillaume de Ligneris, seigneur de Méréville, dit depuis Merinville en Beauce, suivant un arrêt du parlement de Paris, rendu dans l’octave de la Chandeleur de l’année 1266. »

Il faudrait retrouver l’acte en question, si cela est possible, ce serait une preuve définitive de l’existence de Guillaume. Mais encore faudrait-il établir qu’il appartenait à la famille des Ligneris dont on trouvera la chronique dans ces pages. L’orthographe n’était pas fixe, et les textes écrits en latin. Ce pourrait être la famille de Lignières, de Lineriis en latin, assez puissante au Moyen-Age mais éteinte au XVIe siècle.

Guillaume aurait eu pour enfants Olivier, Guérard, et une fille qui épousa un Reillac. Guérard serait devenu évêque d’Auxerre après son oncle, et aumônier du roi Philippe le Bel. Envoyé à Rome, il y décéda, et son corps fut rapatrié à Auxerre.

Olivier des Ligneris aurait été chevalier, conseiller du roi (c’est-à-dire officier de l’administration locale), et chargé par ce dernier de la construction du collège de Navarre à Paris – tout cela, j’insiste, n’est pas prouvé. Il vivait encore en 1290, et aurait été enterré par la suite au prieuré de Sénart. Sa femme aurait été Antoinette de Moy (ou Moüy), issue d’une famille puissante.

Le manuscrit du Prieur de Mondonville nous apprend que le blason initial de la famille des Ligneris aurait été « au lion rampant de sable sur champ d’or », c’est-à-dire qu’il représentait un lion noir dressé sur un fond uni jaune. Il faut se rappeler ici que les armoiries les plus anciennes étaient aussi les plus simples, puisqu’elles devaient être peintes sur les boucliers pour servir de ralliement pendant les batailles.

Armoiries des Ligneris

Armoiries de la famille des Ligneris

Or le blason des Moüy était formé d’un « fretté d’or sur champ de gueules » (c’est-à-dire un entrecroisement de barres diagonales jaunes entrelacées, sur un fond uni rouge). Serait-ce à partir de ce mariage que les armoiries de la famille des Ligneris se seraient transformées en mélangeant les deux motifs pour devenir « de gueules fretté d’or au franc-quartier d’or chargé d’un lion de sable ». Pourquoi cette fusion des armoiries ? La Maison de Moüy aurait-elle joui d’une renommée supérieure à celle des seigneurs de Méréville ? L’alliance d’Olivier a pu être un signe de réussite et d’ascension sociale, qu’il a trouvé bon de communiquer au travers de son nouveau « logo ».

Un fils d’Olivier, Hoguerel alias Hugues des Ligneris, chevalier, vivait en l’an 1319. Il se serait marié avec « Louise d’Escrones  » (ou des Crosnes) « dame dudit lieu auprès de Villeneuve Saint Georges, et d’Etiolle » (dans l’actuelle Seine-et-Marne). Les armoiries de la famille de Louise sont « de gueules fretté d’argent », un entrecroisement de barres diagonales blanches entrelacées sur un fond uni rouge, très proches de celles de la famille de Moüy. Peut-être aussi est-ce à cette génération que se produit la fusion des armoiries ?

Puis la guerre de Cent Ans éclata, bouleversant l’histoire du groupe familial…

(1) Dossiers Bleus 396, Bibliothèque Nationale de France, Département des Manuscrits Français, Cabinet des Titres, cote 29.941, édité sur Gallica le 9 octobre 2019, cote de la matrice R212517.

(2) Idem.

(3) « Mémoires généalogiques de Guillaume Laisné, prieur de Mondonville y relatifs à des familles de Chartres et du Pays Chartrain, de la Beauce, de l’Orléanais, du Blaisois, etc ». Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits Français cote 24125.

(4) Mérinville, ou Mérainville, ou Méréville (près d’Etampes, en Essonne)

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