La Beauce anglaise pendant la guerre de Cent ans

Comme évoqué précédemment, tous les éléments présentés ici qui se déroulent avant 1460 ne sont pas prouvés. Ils sont relatés dans des manuscrits du Cabinet des Titres de la Bibliothèque Nationale, datant de 1660 environ et 1712, qui ne s’appuyaient semble-t-il que sur la mémoire familiale pour les événements antérieurs à la Guerre de Cent Ans.

Ainsi, d’après cette tradition, en 1333 le chevalier Jehan des Ligneris rendait aveu à son suzerain le comte de Foix (qui était aussi comte d’Etampes) pour la terre de Mérainville (1). Cet acte fort de la vie féodale était apparemment consigné dans un document officiel de l’époque, source précieuse si nous le retrouvions.

On trouve une autre mention de la famille à cette époque : à Aigrefin, qui est un hameau de la commune de Saint Antoine du Rocher (située à côté de Tours), « vers 1340 la dîme revenait à Godefroy de Ligneris, prêtre ». (3)

C’est la reconquête de la Normandie sur les Anglais qui va emmener ces chevaliers vers les verrous stratégiques situés au nord de Chartres.

La peste frappe en 1348. Elle provoque un manque de main d’œuvre et la flambée des salaires. Les seigneurs et gros fermiers sont désabusés. Le monde des campagnes s’installe alors dans un marasme durable. Outre 1348-1349, la peste ressurgira en 1360-61, 1369 et 1375. La région subira des périodes de disette en 1348, 1361 et 1375.

On est alors en pleine guerre de Cent Ans. En octobre et novembre 1370, les Anglais de Knolles ravagent la Beauce. Venant de Paris, ils rejoignent Vendôme et Le Mans.

Toujours d’après les travaux du prieur Lainé au début du XVIIe siècle et les Manuscrits du Cabinet des Titres (2), un fils de Jehan des Ligneris, prénommé Godemart, chevalier et seigneur de Méreinville, aurait épousé Agnès Trousselle, dont il eut trois filles : Jeanne (Jehanne) des Ligneris qui épousa Jacques de Brizay (dans le Poitou près de Mirebeau) ; Marguerite des Ligneris, femme de Jean d’Argenton, chevalier ; et Françoise des Ligneris, femme de Jean de Gamaches, chevalier (près d’Eu – Le Tréport). Il y aurait également eu un fils, François, mais pas selon toutes les sources. Peut-être y a-t-il eu une confusion avec Françoise.

François des Ligneris, chevalier, aurait été vivant en 1389, servit le duc de Bretagne, et pris pour femme  Anne de Tournemine, fille de Raoül, de la Maison de la Guierche et de la Hunaudaye.

En 1411, les milices des bouchers de Paris affrontent l’armée des Armagnac dans la plaine de Beauce, pour le compte du duc de Bourgogne Jean Sans Peur.

Un renouvellement général des baillis et gouverneurs a lieu en 1418. Cette même année, une bataille contre les Anglais a lieu devant les portes de Verneuil-sur-Avre, qui marque la limite entre la Normandie et la Beauce. Les Français perdront cette bataille. Avec pour conséquence, dans les années 1420, la domination anglaise du pays chartrain.

Un capitaine du roi d’Angleterre, François de Surienne dit l’Aragonais, tient Verneuil-sur-Avre en 1449. Mais le roi de France Charles VII lance une grande offensive de reconquête de la Normandie. Le 20 juillet 1449 Brézé reprend Verneuil, grâce à un guetteur complice qui lui ouvrira les portes.

Pierre des Ligneris qui pourrait être un petit-fils de François ou de Françoise, vit au XVème siècle, sur la fin de la Guerre de Cent Ans. Attaché à la maison de Vendôme, il sert Charles VII, peut-être dans le cadre de la reconquête de la Normandie, ou de sa stabilisation.

Premier personnage de la famille des Ligneris véritablement documenté (4), Pierre des Ligneris vivait en 1460. Il a reçu en récompense de ses services la terre de Lachet (5) ainsi que le poste de capitaine et grand bailli de Châteauneuf-en-Thymerais, place-forte et bourg située à mi-chemin entre Verneuil-sur-Avre et Chartres.

La famille a maintenant définitivement quitté les terres d’Etampes, pour s’installer en Beauce. Une nouvelle ère s’ouvre.

(1)

(2)

(3)

(4) Dossiers Bleus 396, Département des Manuscrits Français 29941, Cabinet des Titres, Bibliothèque Nationale de France. Consulté sur Gallica le 09 octobre 2019 (cote de la matrice R212517).

(5) Carte de Cassini

Aux XIIème et XIIIème siècles, des origines mythiques

Comme l’énoncent clairement les généalogistes royaux du milieu du XVIIème siècle, puis au début du XVIIIème siècle (1), le premier membre de la famille des Ligneris que l’on connaisse par titres, et jusqu’auquel on puisse remonter la filiation, vivait en 1460.

Avant cela, seules nous renseignent « les mémoires domestiques, mais dénuées de titres » (2) pour ce qui concerne les XIème, XIIème et XIIIème siècles. Leur plus ancienne trace se trouve dans les manuscrits du prieur Guillaume Laisné, qui les rédigea vers 1610-1620 (3). Autant dire qu’il faut prendre ces éléments avec d’infinies précautions, et qu’ils ne sont à ce jour pas prouvés.

Le plus ancien représentant de la famille cité était un certain Étienne des Ligneris (« Estienne »), qui vivait en 1184. Chevalier, seigneur de Méreinville (4) à proximité d’Etampes, il aurait épousé Henriette Lestendars fille du baron de Besne (ou Beyne). Repère : carte d’Etampes et Mereville hier et aujourd’hui

Il aurait eu pour fils Guillaume des Ligneris, seigneur de Mérainville, chevalier et chambellan du roi, qui vivait en 1230, et aurait épousé Radegonde de Meslot (ou Mello). Elément intéressant, sa femme aurait été une sœur de Guy de Meslot, évêque d’Auxerre – les évêques étaient des personnages-clefs de l’organisation sociale de l’époque.

Encore plus intéressant, les manuscrits du Cabinet des Titres mentionnent que Guillaume des Ligneris aurait obtenu un arrêt du Parlement de Paris contre Guillaume de Prunelé seigneur de La Porte, son vassal. Cet arrêt « se trouve dans les registres du Parlement, coté Olim, rapporté par Basquet (?) en l’an 1233 ».

Fait plus troublant, la même affaire est également citée par Moreri dans son « Grand Dictionnaire Historique » de 1759, à l’article Prunelé, avec plus de détails, mais une date différente : « Ce fut lui [Guillaume III de Prunelé] qui fit élever une espèce de forteresse dans sa terre de la Porte, qu’il tenait du roi , à l’occasion de quoi il eut procès contre Guillaume de Ligneris, seigneur de Méréville , dit depuis Merinville en Beauce, suivant un arrêt du parlement de Paris, rendu dans l’octave de la Chandeleur de l’année 1266. »

Il faudrait retrouver l’acte en question, si cela est possible, ce serait une preuve définitive de l’existence de Guillaume. Mais encore faudrait-il établir qu’il appartenait à la famille des Ligneris dont on trouvera la chronique dans ces lignes. L’orthographe n’était pas fixe, et les textes écrits en latin.

Guillaume aurait eu pour enfants Olivier, Guérard, et une fille qui épousa un Reillac. Guérard serait devenu évêque d’Auxerre après son oncle, et aumônier du roi Philippe le Bel. Envoyé à Rome, il y décéda, et son corps fut rapatrié à Auxerre.

Olivier des Ligneris aurait été chevalier, conseiller du roi, et chargé par ce dernier du soin de la construction du collège de Navarre à Paris. Tout cela, j’insiste, n’est pas prouvé. Il vivait encore en 1290, et serait enterré au prieuré de Sénart. Sa femme aurait été Antoinette de Moy (ou Moüy).

Le manuscrit du Prieur de Mondonville nous apprend que le blason initial de la famille des Ligneris aurait été « au lion rampant de sable sur champ d’or », c’est-à-dire qu’il représentait un lion noir dressé sur un fond uni jaune. Il faut se rappeler ici que les armes les plus anciennes étaient aussi les plus simples, puisqu’elles devaient être peintes sur les boucliers pour servir de ralliement pendant les batailles.

Or le blason des Mouy était formé d’un « fretté d’or sur champ de gueules » (c’est-à-dire un entrecroisement de barres diagonales entrelacées jaunes sur un fond uni rouge). Serait-ce à partir de ce mariage que les armes de la famille des Ligneris se seraient transformées en mélangeant les deux motifs pour devenir « de gueules fretté d’or au franc-quartier d’or chargé d’un lion de sable ». Pourquoi cette fusion des armoiries ? La Maison de Mouy aurait-elle joui d’une renommée supérieure à celle des seigneurs de Méréville ? L’alliance d’Olivier a pu être un signe de réussite et d’ascension sociale, qu’il a trouvé bon de communiquer au travers de son nouveau logo.

Marie des Ligneris aurait vécu vers 1290 et 1326, peut-être une fille d’Olivier. Elle a épousé Richard de la Chambre, vicomte de Maurienne (5).

Un fils d’Olivier, Hoguerel alias Hugues des Ligneris, chevalier, vivait en l’an 1319. Il se maria avec « Louise d’Escrones « dame dudit lieu auprès de Villeneuve Saint Georges, et d’Etiolle ». Les armoiries de la famille de Louise sont « de gueules fretté d’argent », un entrecroisement de barres diagonales blanches entrelacées sur un fond uni rouge, très proches de celles de la famille de Mouy.

Mais la guerre de Cent Ans éclate, et va bouleverser l’histoire du groupe familial…

(1) Dossiers Bleus 396, Bibliothèque Nationale de France, Département des Manuscrits Français, Cabinet des Titres, cote 29.941, édité sur Gallica le 9 octobre 2019, cote de la matrice R212517.

(2) Idem.

(3) [référence à compléter]

(4) Mérinville, ou Mérainville, ou Méréville

(5) [référence à compléter]