La Beauce anglaise pendant la guerre de Cent ans

1333 : le chevalier Jehan des Lignerirend aveu à son suzerain le comte de Foix pour la terre de Méreinville. Cet acte fort de la vie féodale est consigné dans un document officiel de l’époque, source fiable et précieuse pour nous. Si l’on part de l’hypothétique Estienne, cela fait alors 150 ans que la famille possède cette seigneurie près d’Etampes, qui serait sa véritable origine avant la Beauce.

C’est la reconquête de la Normandie sur les Anglais qui va emmener ces chevaliers vers les verrous stratégiques situés au nord de Chartres …

On connaît un fils de Jean, prénommé Godemart, qui est également chevalier et seigneur de Méreinville. Il épousa Agnès Trousselle, dont il eut trois filles : Jeanne (Jehanne) des Ligneris qui épousera Jacques de Brizay ; Marguerite des Ligneris, femme de Jean d’Argenton ; et Françoise des Ligneris, femme de Jean de Gamaches.

On trouve une autre mention de la famille à cette époque : à Aigrefin, qui est un hameau de la commune de Saint Antoine du Rocher (située à côté de Tours), « vers 1340 la dîme revenait à Godefroy de Ligneris, prêtre ».

La peste frappe en 1348. Elle provoque un manque de main dœuvre et la flambée des salaires. Les seigneurs et gros fermiers sont désabusés. Le monde des campagnes sinstalle alors dans un marasme durable. Outre 1348-1349, la peste ressurgira en 1360-61, 1369 et 1375. La région subira des périodes de disette en 1348, 1361 et 1375.

On est alors en pleine guerre de Cent Ans. En octobre et novembre 1370, les Anglais de Knolles ravagent la Beauce. Venant de Paris, ils rejoignent Vendôme et Le Mans.

François des Ligneris, chevalier, épouse en 1389 Anne de Tournemine fille de Raoül de Tournemine. François est peut-être un petit-fils de Jean, mais nous n’en avons aucune certitude.

En 1411, les milices des bouchers de Paris affrontent l‘armée des Armagnac dans la plaine de Beauce, pour le compte du duc de Bourgogne Jean Sans Peur.

Un renouvellement général des baillis et gouverneurs a lieu en 1418. Cette même année, une bataille contre les Anglais a lieu devant les portes de VerneuilsurAvre, qui marque la limite entre la Normandie et la Beauce. Les Français perdront cette bataille. Dans les années 1420, le pays chartrain est sous domination anglaise.

Le fils ou petit-fils de François des Ligneris, Pierre, vit dans la seconde moitié du XVème siècle, sur la fin de la Guerre de Cent Ans. Attaché à la maison de Vendôme, il sert Charles VII, peutêtre dans le cadre de la reconquête de la Normandie, ou de sa stabilisation.

Un capitaine d’Henri VI roi d‘Angleterre, François de Surienne dit l‘Aragonais, tient Verneuil-surAvre en 1449. Mais le roi de France Charles VII lance une grande offensive de reconquête de la Normandie. Le 20 juillet 1449 Bré reprend Verneuil, grâce à un guetteur complice qui lui ouvrira les portes.

Pierre des Ligneris reçoit en 1460 en récompense de ses services la terre de Lachet ainsi que le poste de capitaine et grand bailli de Châteauneuf-en-Thymerais, place-forte et bourg située à mi-chemin entre Verneuil-sur-Avre et Chartres.

Cité en 1478 comme chevalier et seigneur de Lachet (relevant de Saulnières), il avait épousé en 1467 Jeanne de Thornes, également appelée Jeanne de Baudiment, fille de Jean de Thornes et d’Isabeau de Baudiment.

Les terres de Thornes, qui s’appelaient alors Thorus, sont situées bien loin de Chartres, près de Château-Larcher (86370), à 20 km au sud de Poitiers. C’est aujourd’hui un lieu-dit constituée d’une ferme, dans une jolie petite vallée de la rivière « La Douce ».

Le village de Saulnières se situe en Eure-et-Loir dans la vallée de la Blaise, à mi-chemin entre Dreux et Châteauneuf-en-Thymerais. Le lieu-dit Lachet existe toujours ; ce n’est ni un village ni un château mais comme pour Thorus le fief était constitué d’une ferme fortifiée et de quelques terres alentours.

Pierre s’éteindra en 1494. Il laisse quatre enfants qui vont prendre sa suite : René, Jean, Marie et Jeanne. La famille a maintenant définitivement quitté les terres d’Etampes, pour s’installer en Beauce. Une nouvelle ère s’ouvre, au cours de laquelle les générations à venir se propulseront vers le sommet de l‘ordre social de l‘époque.

Carte de Cassini

La terre de Laché hier (Cassini) et aujourd’hui (IGN)

(à suivre...)

Les XIIème et XIIIème siècles, hauts en couleurs

(suite de l’article du 15 juillet)

Le manuscrit du Prieur de Mondonville nous apprend que le blason initial de la famille des Ligneris était « au lion rampant de sable sur champ d’or », c’est-à-dire qu’il représentait un lion noir dressé sur un fond uni jaune. Il faut se rappeler ici que les armes les plus anciennes étaient aussi les plus simples, puisqu’elles devaient être peintes sur les boucliers pour servir de ralliement pendant les batailles.

Le plus ancien représentant de la famille qui soit cité est un certain Étienne des Ligneris (« Estienne »), qui vivait au XII ème siècle. Chevalier, seigneur de Méreinville1 à proximité dEtampes, il aurait épousé Henriette de Lestendart fille du baron de Besne, en 1184Etampes et Mereville hier et aujourd’hui

Un peu plus tard, on trouve Guillaume des Ligneris, chevalier et chambellan du Roi, qui épouse Radegonde de Meslot en 1230. Fait intéressant, sa femme aurait été une sœur de Guy de Meslot, évêque d’Auxerre, ce qui indiquerait un certain rayonnement de l’influence de Guillaume puisque les évêques étaient des personnages-clefs de l’organisation sociale de l’époque.

Il est également cité par Moreri dans son « Grand Dictionnaire Historique » de 1759, à l’article des Prunelé : « Ce fut lui [Guillaume III de Prunelé] qui fit élever une espèce de forteresse dans sa terre de la Porte, qu’il tenait du roi , à l’occasion de quoi il eut procès contre Guillaume de Ligneris, seigneur de Méréville , dit depuis Merinville en Beauce, suivant un arrêt du parlement de Paris, rendu dans l’octave de la Chandeleur de l’année 1266. »

L’existence de deux sources concordantes permet d’accréditer l’existence de Guillaume des Ligneris, ce qui n’est pas rien. Ajoutant à cela qu’un arrêt du Parlement de Paris, acte officiel qui doit pouvoir être retrouvé, le cite, nous avons la preuve que la famille était constituée depuis au moins le XIII ème siècle.

En 1290 a lieu le mariage d‘Olivier des Ligneris, chevalier, avec Antoinette de Mouy. Le lien direct avec Guillaume n’est pas complet, il doit manquer une génération entre les deux. Un auteur indique qu’Olivier a pris part à la création à Paris du collège de Navarre (?) et serait enterré au prieuré de Sénart.

Les armes des Mouy sont formées d’un « fretté d’or sur champ de gueules » (c’est-à-dire un entrecroisement de barres diagonales jaunes sur un fond uni rouge). Il semble que ce soit exactement à partir de ce mariage que les armes de la famille des Ligneris se soient transformées en mélangeant les deux motifs pour devenir « de gueules fretté d’or au franc-quartier d’or chargé d’un lion de sable ». Pourquoi cette fusion des armoiries ? La Maison de Mouy semble avoir joui d’une certaine renommée à cette époque, probablement bien supérieure à celle des seigneurs de Méréville. L’alliance d’Olivier a pu être un signe de réussite et d’ascension sociale, qu’il a trouvé bon de communiquer au travers de son nouveau logo. Ce devait un personnage assez brillant pour être cité dans la création du collège de Navarre, et avoir le privilège de se faire inhumer dans un prieuré – en admettant que ces faits soient confirmés.

Une certaine Marie des Ligneris aurait vécu de 1290 à 1326 environ, peut-être une fille d’Olivier. Elle a épousé Richard de la Chambre, vicomte de Maurienne.

Le chevalier Hoguerel (ou Hugues) des Ligneris épouse Louise des Crosnes2 en 1319. D’après les dates, il pourrait également être un enfant d’Olivier.

Il faut bien noter que la chevalerie de l‘adoubement s‘est transformée dès le XIII ème siècle en un ordre social. On est chevalier parce que l‘on est fils de chevalier, ou fils d‘un écuyer qui aurait pu être chevalier. L‘adoubement consacre une certaine éducation doublée de capacités financières.

Le fait que certains membres de la famille soient cités aux XIIIème et XIVème siècles avec la qualification de chevalier corrobore le fait que la famille existait jà au XIIème siècle en tant que lignée de chevaliers.

Mais la guerre de Cent Ans éclate, et va bouleverser l’histoire du groupe familial …

(à suivre…)

1 Mérinville, ou Mérainville, ou Méréville

2« Louise des Crosnes en Brie » selon certaines sources.