Les XIIème et XIIIème siècles, hauts en couleurs

(suite de l’article du 15 juillet)

Le manuscrit du Prieur de Mondonville nous apprend que le blason initial de la famille des Ligneris était « au lion rampant de sable sur champ d’or », c’est-à-dire qu’il représentait un lion noir dressé sur un fond uni jaune. Il faut se rappeler ici que les armes les plus anciennes étaient aussi les plus simples, puisqu’elles devaient être peintes sur les boucliers pour servir de ralliement pendant les batailles.

Le plus ancien représentant de la famille qui soit cité est un certain Étienne des Ligneris (« Estienne »), qui vivait au XII ème siècle. Chevalier, seigneur de Méreinville1 à proximité dEtampes, il aurait épousé Henriette de Lestendart fille du baron de Besne, en 1184Etampes et Mereville hier et aujourd’hui

Un peu plus tard, on trouve Guillaume des Ligneris, chevalier et chambellan du Roi, qui épouse Radegonde de Meslot en 1230. Fait intéressant, sa femme aurait été une sœur de Guy de Meslot, évêque d’Auxerre, ce qui indiquerait un certain rayonnement de l’influence de Guillaume puisque les évêques étaient des personnages-clefs de l’organisation sociale de l’époque.

Il est également cité par Moreri dans son « Grand Dictionnaire Historique » de 1759, à l’article des Prunelé : « Ce fut lui [Guillaume III de Prunelé] qui fit élever une espèce de forteresse dans sa terre de la Porte, qu’il tenait du roi , à l’occasion de quoi il eut procès contre Guillaume de Ligneris, seigneur de Méréville , dit depuis Merinville en Beauce, suivant un arrêt du parlement de Paris, rendu dans l’octave de la Chandeleur de l’année 1266. »

L’existence de deux sources concordantes permet d’accréditer l’existence de Guillaume des Ligneris, ce qui n’est pas rien. Ajoutant à cela qu’un arrêt du Parlement de Paris, acte officiel qui doit pouvoir être retrouvé, le cite, nous avons la preuve que la famille était constituée depuis au moins le XIII ème siècle.

En 1290 a lieu le mariage d‘Olivier des Ligneris, chevalier, avec Antoinette de Mouy. Le lien direct avec Guillaume n’est pas complet, il doit manquer une génération entre les deux. Un auteur indique qu’Olivier a pris part à la création à Paris du collège de Navarre (?) et serait enterré au prieuré de Sénart.

Les armes des Mouy sont formées d’un « fretté d’or sur champ de gueules » (c’est-à-dire un entrecroisement de barres diagonales jaunes sur un fond uni rouge). Il semble que ce soit exactement à partir de ce mariage que les armes de la famille des Ligneris se soient transformées en mélangeant les deux motifs pour devenir « de gueules fretté d’or au franc-quartier d’or chargé d’un lion de sable ». Pourquoi cette fusion des armoiries ? La Maison de Mouy semble avoir joui d’une certaine renommée à cette époque, probablement bien supérieure à celle des seigneurs de Méréville. L’alliance d’Olivier a pu être un signe de réussite et d’ascension sociale, qu’il a trouvé bon de communiquer au travers de son nouveau logo. Ce devait un personnage assez brillant pour être cité dans la création du collège de Navarre, et avoir le privilège de se faire inhumer dans un prieuré – en admettant que ces faits soient confirmés.

Une certaine Marie des Ligneris aurait vécu de 1290 à 1326 environ, peut-être une fille d’Olivier. Elle a épousé Richard de la Chambre, vicomte de Maurienne.

Le chevalier Hoguerel (ou Hugues) des Ligneris épouse Louise des Crosnes2 en 1319. D’après les dates, il pourrait également être un enfant d’Olivier.

Il faut bien noter que la chevalerie de l‘adoubement s‘est transformée dès le XIII ème siècle en un ordre social. On est chevalier parce que l‘on est fils de chevalier, ou fils d‘un écuyer qui aurait pu être chevalier. L‘adoubement consacre une certaine éducation doublée de capacités financières.

Le fait que certains membres de la famille soient cités aux XIIIème et XIVème siècles avec la qualification de chevalier corrobore le fait que la famille existait jà au XIIème siècle en tant que lignée de chevaliers.

Mais la guerre de Cent Ans éclate, et va bouleverser l’histoire du groupe familial …

(à suivre…)

1 Mérinville, ou Mérainville, ou Méréville

2« Louise des Crosnes en Brie » selon certaines sources.