L’âge d’or : René I, Michel, René II, et Jacques (première partie)

A la suite de leur mariage en 1496, les jeunes époux René des Ligneris et Jeanne de Champrond ont d’abord une fille, Anne, qui vient au monde en 1499. Elle est suivie par un fils en 1500, Michel, puis un second en 1502, Jacques, et enfin une seconde fille Jeanne en 1506.

D’après certains auteurs, Jeanne de Champrond serait décédée, à trente ans à peine, à une date située entre 1506 et 1510. Les enfants auraient alors eu à peine dix ans lorsqu’ils ont perdu leur mère. René se serait remarié avec la sœur de sa première femme, qui se prénommerait aussi Jeanne. Deux autres fils, Etienne et Jean, naissent dans les années qui suivent. Il se peut aussi que ce soit la même Jeanne de Champrond et qu’il n’y ait pas eu de remariage.

Charles IV d'Alençon
Charles IV d’Alençon

René des Ligneris occupe le poste de capitaine de Châteauneuf-en-Thymerais, après son père. Probablement efficace et intelligent, il se fait remarquer par son suzerain direct, le baron de Châteauneuf qui n’est autre que Charles IV duc d’Alençon. René se positionne ainsi comme Premier Ecuyer d’Ecurie du duc d’Alençon, ce qui correspond à un poste d’officier dans la Maison de ce prince, et lui ouvre les portes d’un immense réseau relationnel. Charles IV est en effet un personnage considérable à l’échelle du Royaume. Duc d’Alençon, Pair de France, Lieutenant Général de la Normandie et de la Champagne, il est « Premier Prince du Sang », c’est-à-dire qu’il sera l’héritier présomptif du trône entre l’avènement de François Ier en 1515 et la naissance de son premier fils François en 1518 (futur François II, éphémère roi). Charles d’Alençon sera également en 1519 le parrain du petit Henri, futur roi Henri II. En 1509, il avait épousé Marguerite de France, sœur de François Ier. Il décèdera cependant à trente-cinq ans, en 1524, sans postérité. Le duché d’Alençon reviendra alors à la Couronne.

Entre-temps, René des Ligneris aura passé plus de vingt ans auprès de lui, le servant fidèlement et consolidant la position de sa propre famille. Très avisé, il aura beaucoup investi dans l’avenir de ses enfants.

En tant qu’aîné, son fils Michel a été éduqué pour devenir chevalier pour prendre la suite de son père. Il devient à son tour capitaine et bailli de Châteauneuf-en-Thymerais en 1527. De plus, sans doute grâce au réseau de son père, il avait déjà obtenu les charges d’Ecuyer du duc d’Alençon, et de Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi (1). Ce sont à fois des emplois qui assurent un revenu, mais aussi des positions sociales très honorables, et la garantie d’accéder à des cercles d’influence.

Michel épouse vers 1525 Claude de Cardonne, qui est la fille de Jean-François de Cardonne, chevalier, conseiller et chambellan du Roi. D’origine espagnole, marié à Françoise de La Boissière, Jean-François est le frère de Dom Federigo de Cardonne, vice-roi de Naples pour le roi d’Espagne. (2) L’alliance est assez belle, c’est une réussite à mettre au crédit, indubitablement, de René des Ligneris.

Par son mariage, Michel devient seigneur d’Augé, et d’Azay-sur-Indre en partie. Jean-François de Cardonne avait en effet partagé entre ses trois filles Claude, Marguerite et Anne les droits sur son fief d’Azay, à titre de dot. Le château d’Azay est en fait un manoir seigneurial (qualifié de Maison-forte dans un acte ultérieur, en 1572) (3).

Michel et Claude ont un fils en 1527, qu’ils prénomment René comme son grand-père, peut-être par volonté de continuité familiale, par admiration de Michel pour son père, ou pour lui rendre hommage peu de temps après son décès qui survient en cette même année.

René sera cependant élevé à la Cour de Navarre, très loin des terres familiales de Touraine et de Beauce, car son père Michel est mort tôt, à peine trentenaire, sans avoir eu d’autres enfants. On lit en effet que « René fils unique était âgé de 18 mois le 15 février 1529 [lors]qu’il fut mis sous la tutelle de Guillaume des Feugerets » (sa tante Anne avait épousé Charles des Feugerets) (4). Son oncle Jacques des Ligneris est aussi nommé tuteur de René. Le bébé est pris en charge en tant qu’échanson de la Reine de Navarre, ce qui peut nous interroger sur les mécanismes qui ont permis cette solidarité (voir l’encadré ci-dessous).

Plus tard, qualifié d’écuyer (et non chevalier), il récupèrera la charge de bailli de Châteauneuf-en-Thimeray (près de Chartres) exercée par les aînés de sa famille depuis son arrière-grand-père. En 1554, il rachètera à ses oncles maternels leurs parts de l’héritage de Jean-François de Cardonne, et deviendra le seul propriétaire du fief d’Azay-sur-Indre. (5)

Vers 1560, il épouse Antoinette Babou, de la Maison de la Bourdaisière, dont le père était capitaine de la ville et du château d’Amboise, Maître Général de l’Artillerie de France, et s’était vu confier par Catherine de Médicis « le gouvernement de la personne et de la maison » de son fils François, duc d’Alençon (c’est-à-dire qu’il est son précepteur) (6). L’alliance est belle. Le château de la Bourdaisière se situe à Montlouis-sur-Loire, entre Tour et Amboise, à 25 km du fief d’Azay-sur-Indre, que René des Ligneris tenait de sa mère mais qu’il vend à cette époque-là.

Devenu protestant, René s’est attaché au service du roi de Navarre, et prend une part active au soulèvement contre le pouvoir catholique à partir de 1560. Il est notamment l’un des acteurs de la célèbre conjuration d’Amboise, sur laquelle nous reviendrons. Officier de valeur, il commande la cavalerie légère de l’armée dirigée par le prince de Condé lors de la bataille de Dreux en décembre 1562. Prenant d’abord l’avantage sur les armées royales, les Huguenots sont finalement défaits, et René mortellement blessé sur le champ de bataille. Il n’aura pas eu d’enfants de sa femme Antoinette. La branche aînée de la famille des Ligneris s’éteint.

Que sont devenus les frères et sœurs de Michel des Ligneris, qui forment les branches cadettes ?

Jean, né vers 1507 serait selon plusieurs auteurs d’armoriaux « mort à l’âge de 20 ans ». Pourtant, il achètera en 1542 une maison à Paris (7), où il travaille comme conseiller au Parlement. Il fera son testament le 11 juin 1544 (il avait donc 37 ans) : « Jean des Ligneris, écuyer, seigneur d’Arpentigny et du Chesnay, présent à Paris, sain de corps et de pensée, veut être inhumé en l’église Sainte Foy de Chartres ; laisse à Marie, sa fille naturelle, 500 livres tournois pour subvenir à la marier ou la mettre en religion ; laisse ses terres d’Arpentigny et du Chesnay à Claude des Ligneris, son neveu, fils de Jacques des Ligneris son frère, et à Jeanne des Ligneris, sa sœur. » (8) Peut-être Jean fait-il rédiger son testament parce qu’il vient d’être père ? Sa fille Marie est née à Thymer-en-Thymerais, au village de Repentigny, c’est-à-dire sur ses terres, à côté de Châteauneuf-en-Thymerais. Elle est sa fille « naturelle », mais il la reconnaît le plus officiellement qu’il était possible, puisqu’elle sera « légitimée par le roi ». En tant que juriste au Parlement de Paris, il était sans doute bien placé pour mener cette procédure à bien. S’il n’a pu épouser la mère de Marie, qui résidait donc sur ses terres, peut-être est-ce en raison d’une différence de statut social ? Il a bravé cette interdit pour vivre avec elle, c’était probablement une véritable histoire d’amour. Il ne faut pas exclure par ailleurs que Jean, fils puîné n’ayant hérité que de petites seigneuries secondaires, n’a peut-être obtenu son poste au Parlement que grâce à son frère aîné Jacques. Ce dernier était déjà, comme nous allons le voir, un homme puissant au sein de cette institution. Ce qui expliquerait pourquoi Jean marque une reconnaissance appuyée dans son testament envers son frère, en prévoyant de léguer ses terres aux enfants de Jacques, excluant de fait les enfants de ses autres frères et sœurs. Pour revenir à la formule « mort à vingt ans » écrite dans plusieurs ouvrages anciens, elle sous-entend « mort sans alliance et donc sans descendance ». Tout se passe comme si la famille en tant que corps social avait voulu oublier Jean, et surtout rayer de l’Histoire sa fille naturelle. Il semble bien que Jacques fut le seul à soutenir son frère Jean tout au long de sa vie. Devenue une jeune femme, Marie des Ligneris épousera à Paris en 1565 un jeune écuyer normand, Pierre Leclair. (9) Jean n’était plus là pour le voir, mais il aurait été heureux de savoir que sa fille ne fut pas captive de la barrière sociale et put épouser un noble.

Etienne était le benjamin de la fratrie donc destiné à entrer en religion. Il fera une belle carrière ecclésiastique puisqu’il deviendra Abbé de la Prée, en Berry, c’est-à-dire administrateur et dirigeant d’une abbaye ; et prieur de La Madeleine de Quin Quelavant près de Nantes (10). Il a hérité de son grand-père maternel le fief d’Ormoy, qu’il possède toujours en 1563 (11) comme nous l’apprend le registre des hommages (12) faits à Renée de France, duchesse de Ferrare et de Chartres. Etienne vivra jusqu’en 1567.

Anne s’est mariée avec Charles des Feugerets ; Jeanne avec Claude de Languedoue.

Jacques, frère cadet de Michel, était venu au monde en 1502. Son aîné étant chargé du volet militaire de la famille, Jacques est orienté vers une carrière de magistrat, et pour cela part étudier dans les prestigieuses universités de Paris, Louvain (13) et Padoue (14), un parcours international qui laisse penser que son père possédait des moyens financiers très importants. Cela montre aussi que pour René des Ligneris, la connaissance et l’éducations avaient de la valeur, ce qui était rare dans une société où peu de gens maîtrisaient l’écrit.

De retour à Paris, Jacques « paraît dans le barreau, entre les plus célèbres avocats de son temps » (15). De son mariage en 1528 avec Jeanne Chaligault, dame de Crosnes et d’Etioles, naîtra un fils Claude en 1535. Le roi François Ier, « qui se faisait un plaisir d’avancer les gens de lettres » (16), nomme Jacques au poste de Lieutenant Général du baillage d’Amiens, puis rapidement à celui de conseiller au Parlement de Paris. « C’est en cette qualité que le Parlement l’élut pour un des commissaires qui devaient aller tenir les Grands Jours à Poitiers, au mois d’août 1541. » Il est ensuite nommé Président de la troisième Chambre des Enquêtes en 1544. « Dans tous ces emplois il s’acquit beaucoup de réputation. »

C’est dans ces fonctions que « le Roi Henri II remarque son adresse et son éloquence », et qu’il le désigne comme l’un de ses ambassadeurs au Concile de Trente, en Italie, « où il soutint avec beaucoup de courage les libertés de l’Église Gallicane et la réputation de ce monarque dans le Parlement de Paris ».

Jacques et Jeanne ont une fille, vers 1542, qu’ils prénomment Jeanne comme sa mère.

Jacques achète le 18 mars 1544 à Paris « cinq pièces de terre labourable tenant au palais des Tournelles et relevant du prieuré de Sainte-Catherine du Val-des-Ecoliers » (17). C’est sur ce terrain situé  dans l’actuel quartier du Marais, mais qui n’était alors qu’un champ en friches, que s’élève alors l’Hôtel des Ligneris qui devait plus tard être appelé l’Hôtel de Carnavalet. « Le président des Ligneris s’adressa aux meilleurs artistes de son temps pour construire sa maison. » Il aurait choisi pour architecte Nicolas Dupuis et fait appel pour les travaux de décoration au célèbre sculpteur Jean Goujon. « Ces deux maîtres se mirent à l’œuvre sans retard et, avant que de quitter Paris, il est probable que le président put voir aux mains des sculpteurs le beau portail sur la rue. » (18)

Inspiré du château d’Écouen, son plan en forme de quadrilatère « entre cour et jardin » constituait une nouveauté architecturale, et allait être un exemple pour de nombreux autres hôtels particuliers.

Hôtel Carnavalet à Paris (ex Hôtel des Ligneris)

Il est intéressant de noter que l’hôtel Lepeletier de Saint Fargeau voisin, a été bâti sur un terrain acheté initialement par Michel de Champrond le 23 mai 1545. Chevalier et seigneur de la Bourdinière, Montarville et Flacourt, baron de Croissy, bailli de Chartres, il appartient à la famille maternelle de Jacques des Ligneris, peut-être un cousin. Jacques l’a visiblement convaincu de profiter de la vente par lots des terrains agricoles du prieuré de Sainte-Catherine du Val-des-Ecoliers. Michel de Champrond y fait bâtir un Hôtel, en même temps que Jacques. Lorsqu’il décèdera en 1571, la propriété sera vendue ; l’hôtel de Champrond, dit d’Orgeval, sera détruit en 1686 pour laisser la place à l’actuel Hôtel Lepeletier de Saint-Fargeau.

Pendant près de dix ans qu’il occupe la charge de président de la troisième Chambre des Enquêtes, Jacques exécute des missions délicates. Lors du voyage d’Allemagne qu’entreprend Henri II en 1552, il est envoyé comme émissaire vers la Reine et son Conseil Privé établi à Châlons, pour lui exposer que les édits dont le roi désirait la validation n’étaient pas acceptables en l’état (procédure dite de vérification), notamment ceux touchant « l’augmentation d’une chambre en la cour des aides, et attribution des matières criminelles en dernier ressort, de la chambre des monnaies. » L’année suivante, elle l’envoie vers le roi pour lui expliquer les raisons qui l’empêchaient de vérifier un autre édit touchant « l’établissement de syndics et pères du peuple par tous les gouvernements et provinces du royaume ». D’une manière générale, « la cour lui commit très souvent les plus importantes affaires, et surtout quand il s’agissait de faire des remontrances à Sa Majesté ». (19) Ce terme de remontrances désignait une procédure encadrée mais délicate qui consistait à demander au pouvoir royal des modifications dans les projets de textes de loi qu’il voulait rendre exécutoires. On voit d’ailleurs bien ici que les contre-pouvoirs du système monarchique étaient structurellement organisés et réels.

Pendant ce temps, sa fille Jeanne grandit et son fils Claude devient un adolescent vif et joyeux, dont nous entendrons parler …

Pourquoi René (II) des Ligneris a-t-il été élevé à la Cour de Navarre ?

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Portrait de Marguerite de Navarre, vers 1530, attribué à Jean Clouet (crédits photo Google Arts Project). C’est elle qui a fait venir René des Ligneris à la cour de Navarre pour qu’il y soit élevé.

Les père et grand-père de René ont servi les ducs d’Alençon. Notamment le duc Charles IV, marié à Marguerite de France, sœur de François Ier. Après la mort de son mari en 1524, dont elle n’a pas eu d’enfants, Marguerite se remarie avec Henri II d’Albret, de dix ans son cadet, qui est roi de Navarre, seigneur de Béarn, duc de Nemours et comte de Foix. Elle devient donc reine de Navarre.

Mais elle semble être restée très fidèle aux personnes qu’elle a connues en tant que duchesse d’Alençon. Elle devait bien connaître le grand-père René des Ligneris et son fils Michel, tous deux officiers de la Maison d’Alençon.

Aussi lorsque ce dernier décède brusquement à l’âge de 29 ans, en 1529, laissant un fils encore bébé, Marguerite de Navarre met en place un mécanisme de solidarité pour accueillir l’enfant sous le statut d’échanson, et prendre en charge son éducation auprès de la famille royale de Navarre.

Plus tard, cette fidélité restera vive lorsque Jacques des Ligneris décédera en 1556 suivi par sa femme en 1558, en laissant orphelin un fils de cinq ans. René des Ligneris, devenu alors un soutien actif au service de la Navarre et un officier dans l’armée protestante, interviendra probablement pour que son petit cousin Théodore soit accueilli à son tour à la Cour de Navarre. La souveraine régnante était alors Jeanne III, la fille de Marguerite de Navarre qui avait accueilli René. Jeanne III fut par ailleurs la mère du petit Henri, futur roi Henri IV, avec qui Théodore des Ligneris va grandir pendant quelques années.

Schéma de descendance de Pierre et René des Ligneris
Schéma de descendance de Pierre et René des Ligneris

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(1) Source :  Manuscrits de Laisné, tome 5, p 287

(2) Source : Dictionnaire d’Indre-et-Loire et de l’ancienne province de Touraine, par J.-X. Carré de Busserolle, tome I, 1878-1884, BNF.

(3) Source : Dictionnaire d’Indre-et-Loire et de l’ancienne province de Touraine, par J.-X. Carré de Busserolle, tome I, 1878-1884, BNF.

(4) Dossiers Bleus 396, Département des Manuscrits Français 29941, Cabinet des Titres, Bibliothèque Nationale de France. Consulté sur Gallica le 9 octobre 2019, cote de la matrice R212517.

(5) Nous remarquons ici la réapparition du duché d’Alençon, donné en 1559 en douaire à la reine Catherine de Médicis, puis en 1566 en apanage à son fils cadet François.

(6) Outre René des Ligneris, les co-héritiers étaient Jean de Nourry, chevalier, époux de Marguerite de Cardonne ; et Philippe Tissent, époux d’Anne de Cardonne. Dans la liste des seigneurs du fief est cité « René des Ligneris, écuyer, échanson de la Reine de Navarre, bailli de Châteauneuf, fils de Michel. Par suite d’un partage avec ses co-héritiers le 25 juin 1554, il devint le seul propriétaire d’Azay. » Source : Dictionnaire d’Indre-et-Loire et de l’ancienne province de Touraine, par J.-X. Carré de Busserolle, tome I, 1878-1884, BNF.

(7) Source : Archives Nationales « vente de maison concernant Jehan des Ligneris, conseiller au Parlement », cote MC/ET/III/54.

(8) Source : Archives Nationales, Testaments 1530-1540, cote MC/ET/XIX/165.

(9) Source : Archives Nationales, cote MC/ET/XXXIII/50 : « contrat de mariage entre Pierre Leclair, écuyer à Paris, fils de défunt François Leclair, écuyer, et de Claude de Thory, natif de Belmesnil diocèse de Rouen ; et Marie des Ligneris fille naturelle et légitimée par le Roi de défunt Jean des Ligneris, chevalier, seigneur de Villette et Repentigny, native de Thymer-en-Thymerais, au village de Repentigny, diocèse de Chartres. »

(10) Source : Archives Nationales, cote MC/ET/XIX/161 « Procuration par Frère Etienne des Ligneris, prieur de la Madeleine de Quin Quelavant au diocèse de Nantes, à Guillaume Postel, référendaire en la Chancellerie de France, 25 mai 1542 ».

(11) Ormoy est un petit village situé à mi-chemin entre Chartres et Dreux

(12) Source : Manuscrits de Laisné, tome 5, p560

(13) Située dans l’actuelle Belgique.

(14) En Italie, près de Venise.

(15) Source : Dictionnaire Historique de Louis Morery, 9ème édition (1702), tome 1, article « des Ligneris, Jacques ».

(16) Idem.

(17) Les citations de ce paragraphe sont tirées de l’ouvrage « Le Marais », Editions Henri Veyrier, 1974.

(18) « L’hôtel des Ligneris, car c’est ainsi qu’il faudrait appeler la construction primitive, comportait un corps de logis entre cour et jardin, relié à la rue par deux ailes basses de galeries surmontées de hautes lucarnes, et pour fermer la cour, une aile sur rue dont le pavillon central, percé d’une porte cochère, était entouré de deux autres pavillons aux toits plus élevés. Nicolas Dupuis est l’architecte de ce logis encore tout gothique avec son escalier à vis. Les ailes sont de quelques années postérieures. Le portail, dont la disposition générale n’a pas changé, occupait le centre du pavillon sans autres ouvertures que trois hautes lucarnes s’engageant dans un toit à comble brisé. Les pavillons latéraux étaient percés de deux niveaux de petites baies et surmontés des mêmes lucarnes se détachant sur de hauts toits d’ardoises.

La statue de l’Abondance debout sur un masque décore la clé de la porte tandis que le tympan est orné d’un bas-relief où deux anges soutiennent un écu : l’on a attribué ce travail à Jean Goujon ainsi que les deux lions du bas-relief encadrant la porte, qui avaient d’abord pris place côté cour.

Sur la rue, l’hôtel présentait donc une façade sobre, mais tous les effets décoratifs étaient réservés pour la cour : ses italianismes comme sa décoration sculpturale en font une oeuvre d’une qualité exceptionnelle.

Le corps de logis est éclairé par deux niveaux de cinq hautes fenêtres aux meneaux de pierre, avec trois lucarnes à fronton circulaire au pied desquelles court une balustrade. Entre chacune des fenêtres du premier étage se détachent les statues des Quatre Saisons surmontées des signes correspondants. Les critiques d’art se sont toujours accordés pour dire que ces statues avaient été sans doute sculptées par des élèves de Jean Goujon dans l’atelier du maître et sur ses dessins. Celle de l’été apparaît comme la plus délicate, mais les trois autres supportent avec avantage la comparaison avec celles qui furent ajoutées au milieu du XVIIe siècle et surtout avec celles de l’hôtel de Sully. »

(Source : « Le Marais », Editions Henri Veyrier, 1974)

L’hôtel sera fortement remanié et agrandi en 1655 par François Mansart.

(19) Source : Dictionnaire Historique de Louis Morery, 9ème édition (1702), tome 1, article « des Ligneris, Jacques ».

Louise + Jean

Jean des Ligneris, fils aîné de Pierre, a vécu une belle histoire d’amour avec Louise de Balu.

Elle était la fille d’un écuyer, Jean de Balu, et de Catherine des Ormes, qui s’étaient mariés le 12 juin 1469 (1). Louise avait d’abord épousé le 22 janvier 1486 Étienne de Prunelé (elle devait avoir quinze ans), dont elle eut plusieurs enfants. Mais après quatorze ans de vie commune, Étienne décéda vers l’an 1500.

Louise, jeune veuve à peine trentenaire, rencontra Jean des Ligneris. Ou peut-être se connaissaient-ils déjà. Ils tombent amoureux. Mais Jean était chevalier d’un ordre religieux et militaire, ce qui lui interdisait de se marier.

Jean des Ligneris fut en effet, dans sa jeunesse, d’abord Chevalier de l’Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem (2) jusqu’à ce que celui-ci soit supprimé en mars 1489 par le Pape Innocent VIII pour être regroupé avec l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, basé sur l’île de Rhodes, qui sera plus tard appelé l’Ordre de Malte. Pour épouser Louise, Jean doit probablement révoquer ses vœux et quitter l’Ordre, ce qui représentait sans doute une forme de suicide social, donc un acte d’amour particulièrement fort.

Jean avait reçu en héritage de ses parents les terres qu’ils possédaient en Anjou et en Touraine (3). Louise quant à elle hérita de la terre de Saint-Germain-en-Beauce à la mort de son oncle en 1505, et c’est probablement là que vivait le couple.

Le 26 mai 1505, nous voyons Jean des Ligneris « rendre aveu » au seigneur de Meslay au nom de sa femme pour cette terre de Saint Germain (2). Remarquons ici que les femmes conservaient leurs biens après le mariage, puisque c’est seulement en qualité de représentant de son épouse que Jean vient renouveler les liens de vassalité des terres de Saint Germain à l’occasion de leur changement de propriétaire.

Jean est également cité en 1505 (3) dans un acte « de foi et hommage » à François de Montgomery, seigneur de Cormainville, pour les terres de la Porte. Le samedi 23 mai 1506, il fait constater le paiement de ses impôts au titre de ces terres (4).

Les enfants de Louise avec son premier mari étaient encore très jeunes. Jean assuma donc leur éducation et la gestion des biens, mais ceux-ci reviendront ensuite aux enfants d’Etienne de Prunelé à leur majorité. Il est probable que le clan des Prunelé y faisait attention ; il n’était pas question que les biens de la famille passent dans le patrimoine de Jean des Ligneris et à ses enfants. C’est ainsi que le fils aîné, Gilles de Prunelé « transigea avec son beau-père pour raison de la succession de son père » le 7 août 1513. Il héritera plus tard de la terre de Saint-Germain-le-Désiré.

Louise et Jean donnèrent naissance à deux filles : Jeanne des Ligneris qui épousera le 31 juillet 1525 son cousin Urbain de Prunelé (5), seigneur de Guillerval (6) ; et Jacqueline des Ligneris, future femme de Jacques de Gauville, seigneur d’Aunay, un des Cent gentilhommes du roi, Grand Sénéchal de Normandie dans les années 1520 (7). C’est ainsi que les terres de Touraine et d’Anjou, constituées en dot pour les deux mariages, sont sorties du giron de la famille des Ligneris.

Après avoir partagé plus de quinze années de vie commune avec Louise, Jean décèda le 7 juin 1520. Louise était alors âgée de cinquante ans. Elle vivra jusqu’en 1537, au château de St Germain.

Avant de recueillir l’héritage de son oncle, Louise avait fait avec son premier mari Étienne de Prunelé son testament, aux termes duquel ils avaient élu leur sépulture dans l’église paroissiale d’Autruy, non loin du château de la Porte, qu’ils habitaient alors. Après la mort de son premier mari, son fils Gilles de Prunelé devint à sa majorité seigneur de la Porte, et elle se retira à Saint Germain. Ce qui explique qu’elle sera inhumé finalement dans la chapelle du château de Saint Germain et non à Autruy. (Repères : carte des terres de La Porte et Autruy, près d’Etampes au sud de Paris)

Mais Louise a tenu à se faire représenter entourée de ses deux maris, Étienne et Jean : sur la reproduction de la pierre tombale de la chapelle du château de Saint Germain-le-Désiré, l’on voit Louise de Balu placée entre ses deux maris revêtus de leurs armures, sur lesquelles sont reproduits leurs blasons. Elle a voulu rester fidèle à la mémoire des deux hommes de sa vie.

Outre leurs armoiries, répétées aux angles de cette pierre, on y voit des écussons mi-partie de leurs armes, mi-partie des siennes, ainsi que le texte suivant inscrit sur le pourtour de la pierre :

« Ci-gît et repose noble dame Louise de Balu dame de Saint Germain laquelle épousa en premières noces noble homme Étienne Prunelé seigneur de la Porte et de Gaudreville et en secondes noces épousa messire Jehan des Ligneris seigneur de la Coer et fut chevalier de It Jérusalem lequel ci-gît et repose et trépassa le 7ème jour de juin mille cinq cent vingt : priez Dieu pour eux. »

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(1) De Balu portent « d’argent à un chevron de gueules brisé, accompagné de trois merlettes de sable ».

(2) Source : Dossiers Bleus 396, Département des Manuscrits Français 29 941, Cabinet des Titres, Bibliothèque Nationale de France, consulté sur Gallica le 9 octobre 2019, cote de la matrice R212517.

(3) Idem.

(2) Après la mort de son second mari, Louise de Balu rendra elle-même hommage pour une partie de ses domaines au seigneur de Bezou, pour le fief sans domaine du même nom, comme l’atteste l’aveu du 5 septembre 1525. Ce fief lui-même relevait « des deux tierces parties » du Puiset. A la même date, elle rend un autre aveu pour le lieu seigneurial de Saint-Germain, à Louis de Vendôme chambellan du roi, vidame de Chartres.

(3) Archives Départementales de Chartres, document E2830.

(4) Manuscrit de Laisné, tome 5, p237.

(5) De Prunelé portent « de gueules à six annelets d’or, 3, 2 et 1 ».

(6) Ironie de l’histoire, les Ligneris et les Prunelé se seraient affrontés lors d’un procès, en 1266, soit 259 ans plus tôt. D’après Moreri, Grand Dictionnaire Historique, article « Prunelé ». 

(7) Source : Dictionnaire généalogique héraldique historique et chronologique, édité à Paris en 1765 par Duchesne, libraire, tome VII, p151.