Maximilien et Marie-Augusta, l’embourgeoisement sous le Second Empire

Lorsque les nouvelles de la Révolution parisienne de février 1848 parviennent au château de Méréglise, Marie-Augusta des Ligneris s’inquiète aussitôt pour ses jeunes enfants : le petit Jacques âgé de 18 mois, et Charles, son bébé de quatre mois à peine. Allait-on de nouveau couper des têtes, saisir les propriétés ? Rien de ce qu’elle apprend ensuite ne la rassure. En effet, juste après l’abdication du roi Louis-Philippe, le 24 février, le gouvernement provisoire de Lamartine supprime les titres de noblesse, par décrets des 25 février et 2 mars. Dans les campagnes, on attaque les demeures de notables ou d’usuriers, on brise des machines.

Le 5 mars, le suffrage universel est voté… mais uniquement pour les hommes, malgré la mobilisation d’une partie de la population féminine derrière George Sand, avec des manifestations par centaines et des signatures de pétitions par milliers. Eugénie Niboyet déclarait ainsi dans le tout nouveau journal La Voix des Femmes : « Avec la servitude du travail doit cesser la servitude des femmes », mais elle ne fut pas entendue. (1)

Puis survient une avancée majeure, l’esclavage est enfin définitivement aboli, grâce au combat de Victor Schoelcher. (2) « Ces premiers mois de février-mars, parfois jusqu’à juin, sont un moment exceptionnel d’irruption du possible dans l’Histoire. Il exprime un espoir de communion sociale et de réalisation d’un avenir meilleur, articulé à une flambée révolutionnaire européenne, coloniale, et impériale. » (3)

En avril cependant, l’élection des députés de la Constituante marque l’échec des révolutionnaires. Les républicains modérés remportent la majorité absolue, la droite monarchiste constituant la seconde force, loin devant les socialistes d’extrême-gauche déjà appelés « les rouges ».

Les révolutionnaires avaient en effet négligé l’effet du nombre, or dans ce suffrage universel masculin, ce fut le vote paysan qui définit l’issue du scrutin, c’est-à-dire le vote des petits propriétaires « qui ne voulaient ni d’un retour à l’Ancien Régime ni la révolution des partageux.  » (4)

Fin mai, les protestations de rue qui s’expriment alors partout dans le pays sont sévèrement réprimées. Au début de juin, Paris s’agite. Fin juin, des barricades se dressent de nouveau, l’état de siège est déclaré, des combats de rues éclatent.

Exceptionnelle photo de Paris le 25 juin 1848 avant l'attaque rue du faubourg du temple (daguerréotype de Thibault, publié par le magazine L'Histoire en février 2018)

Exceptionnelle photo de Paris le 25 juin 1848 où l’on voit les barricades avant l’attaque, rue du faubourg du temple (daguerréotype de Thibault, publié par le magazine L’Histoire en février 2018)

Au moins 40.000 insurgés se battent contre les forces de l’ordre, avec un bilan de 3.000 morts et 15.000 emprisonnés et déportés. Les forces armées comptent quant à elles 1.500 morts dans leurs rangs. (5) C’est dire l’atmosphère fiévreuse qui régnait alors, et la détermination des parties en présence. La société dans son ensemble est secouée, c’est une guerre civile.

L’Assemblée Constituante proclame la Seconde République en novembre. (6) L’élection du Président fixée au 10 décembre 1848 voit la victoire massive de Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier. (7)

En 1850, le citoyen Maximilien des Ligneris alors âgé de 37 ans accueille avec joie la naissance de son troisième fils, René. Mais il apprend aussi avec une grande tristesse le double décès de sa mère Antoinette (61 ans) et de son beau-père Joseph d’Hervilly (60ans). Ce dernier n’ayant pas d’enfants, le domaine de Brocourt est vendu. Le nouveau propriétaire fera raser le château pour en bâtir un nouveau, aux proportions démesurées. Peut-être que la sœur de Maximilien, Charlotte, reste à Brocourt pour continuer à gérer le pensionnat de jeunes filles qu’elle y avait créé.

Le château de Brocourt après 1850

Le nouveau château de Brocourt après 1850

Soudain, en décembre 1851, le président Louis-Napoléon Bonaparte déclenche un coup d’état. La IIème République s’achève déjà, laissant place à une république consulaire en janvier 1852 puis très rapidement au Second Empire, en décembre de la même année. Parmi ses premières mesures, le désormais empereur Napoléon III rétablit les titres de noblesse, le 27 janvier 1852.

En septembre de la même année, le vicomte Augustin des Ligneris, oncle de Maximilien, s’éteint à Paris, chez lui au 10 rue de l’Université, à l’âge de 68 ans.

Le marquis Maximilien des Ligneris se lance en politique. Il brigue un mandat de conseiller général dans son département d’Eure-et-Loir, qu’il remporte (8). Elu pendant plus de quinze ans, c’est un notable, personnage fortuné qui réside en son château, tout à la fois héritier de l’Ancien Régime et représentant du Second Empire.

En ces années 1850, les trois frères Jacques, Charles et René grandissent paisiblement dans la campagne de Beauce, éduqués par des précepteurs. Ils jouent près des étangs qui bordent le parc du château de Méréglise, et dans la rivière qui le traverse, la Thironne. Sans doute fréquentent-ils les petits-enfants de feu Augustin et Agathe des Ligneris, leurs cousins certes beaucoup plus âgés Charles et Marie de Vauguion (enfants d’Eudoxie), ou encore, plus proches en âge, Agathe, Louise, Vincent, et Marie Le Roy de Valanglart (enfants de Claire-Armande). (13)

Maximilien achète une grande quantité d’actions du canal de Suez, projet risqué dont les travaux commenceront en 1859 et dureront dix ans, plusieurs fois menacés par les Anglais. Grâce à l’achèvement de cette infrastructure commerciale majeure, Maximilien s’enrichira considérablement.

Sa femme Marie-Augusta gère quant à elle les propriétés dont elle a hérité en Seine-et-Marne, constituées de champs à Voisenon qu’elle loue à des agriculteurs, et d’au moins une maison à Melun. (9)

En 1860, Napoléon III annexe après référendum le comté de Nice et la Savoie, en échange de l’aide de la France au Piémont-Sardaigne contre les Autrichiens.

Jacques des Ligneris obtient son baccalauréat en lettres et sciences en 1864, puis il intègre l’Ecole Impériale Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Il en sortira officier de cavalerie en 1867, promotion Vénétie, et sera affecté comme sous-lieutenant au 1er Régiment de Cuirassiers (cavalerie lourde). Son frère Charles lui a emboîté le pas sitôt bachelier, et sortira également officier de cavalerie en 1868, promotion Sultan, avant de rejoindre le 12e Régiment de Dragons (cavalerie) comme sous-lieutenant. Les deux frères ne furent pas les plus brillants élèves, ils sortent dans le fonds du classement de leur promotion. (10)

Leur grand-mère Anne-Laurence d’Origny, baronne douairière de Bressolles, disparaît en 1868, à l’âge de 68 ans (11). Puis c’est au tour de Jean-Marie Le Roy, comte de Valanglart, le mari de Claire-Armande des Ligneris, qui décède le 20 février 1870 dans son hôtel particulier de Paris, au 8 rue de Varennes.

A l’échelle internationale, la succession d’Espagne crée des tensions entre la France et la Prusse. Une passion antifrançaise embrase l’Allemagne, tandis que les foules parisiennes réclament la guerre. Celle-ci est déclarée par la France le 19 juillet 1870, officiellement pour « insulte publique », en réponse à une dépêche volontairement dédaigneuse du chancelier Otto von Bismarck, celui-ci poussant au conflit pour galvaniser l’unification allemande en cours.

Charge de Reichshoffen, tableau d'Aimé Morot, 1870, collections du Château de Versailles

Charge de Reichshoffen, tableau d’Aimé Morot, 1870 (collections du Château de Versailles)

Les deux frères sont mobilisés. Jacques des Ligneris est le premier à entrer dans le conflit, avec le 8e Régiment de Cuirassiers. Il combat le 6 août 1870 à la bataille de Froeschwiller-Woerth, en Alsace, où 45.000 Français affrontent 130.000 Prussiens. Son régiment est décimé lors des désastreuses charges dites de Reichshoffen et de Morsbronn commandées par le général Michel. Véritable miraculé, Jacques fait partie des 17 seuls rescapés de son régiment. (12) Le sacrifice des Cuirassiers a cependant permis au reste de l’armée française de battre en retraite en bon ordre, avec peu de pertes.

La charge de Morsbronn, 6 août 1870, tableau de Detaille (collections du musée de Woerth)

La charge de Morsbronn, 6 août 1870, tableau de Detaille (collections du musée de Woerth)

Sans doute Jacques est-il réaffecté à une autre unité qui participera aux combats de Sedan le 1er septembre, car il est prisonnier des Prussiens à compter du 2 septembre. La bataille opposait 120.000 Français commandés par Napoléon III et le général Mac Mahon à 200.000 Prussiens dirigés par le roi Guillaume Ier et le général von Moltke. Défait, Napoléon III a capitulé. Il est emmené en captivité en Allemagne, tandis que 80.000 soldats et officiers français sont faits prisonniers, dont Jacques.

Le 4 septembre à Paris, Gambetta prononce la déchéance de l’Empereur et proclame la République. Le gouvernement provisoire refuse la défaite et reconstitue une armée. Paris est assiégée dès le 17 septembre. C’est alors que Charles des Ligneris entre en scène. Les premiers combats de son régiment de Dragons se déroulent le 23 septembre, et se poursuivent jusqu’au 5 décembre, peut-être à la bataille d’Orléans. Il survit, mais est lui aussi fait prisonnier par les Prussiens.

Paris encerclée et bombardée, l’empereur déchu, deux de leurs fils captifs des Prussiens… En cette fin d’année 1870, le tableau est bien sombre pour Maximilien et Marie-Augusta. Que leur réserve l’avenir ?

(1) Quentin Deluermos, extrait de l’article « Le grand rêve de la Fraternité » paru dans le magazine l’Histoire, n°444, février 2019, p36. Voir aussi l’excellent article de Michelle Perrot « Qui a peur des femmes? », magazine l’Histoire n°218, février 1998, publié de nouveau dans le n°444 de février 2019, p52.

(2) L’esclavage fut aboli dans les colonies françaises seulement, car il était déjà officiellement aboli sur le sol métropolitain depuis le 3 juillet 1315, par l’édit royal de Louis Le Hutin, qui postulait même que « le sol de France affranchit l’esclave qui le touche ». Cette disposition restée en vigueur à travers les siècles a permis à des esclaves amenés avec leur maître en visite en France au XVIIIe siècle d’intenter un procès à ces derniers, et d’être soutenus et suivis par les tribunaux français qui les ont libérés, parfois avec des indemnités pour le préjudice subi.

(3) Quentin Deluermos, extrait de l’article « Le grand rêve de la Fraternité » paru dans le magazine l’Histoire, n°444, février 2019, p37.

(4) Michel Winock, article « A l’épreuve du suffrage universel », paru dans le magazine l’Histoire, n°444 février 2019, p53.

(5) Michel Winock, article « A l’épreuve du suffrage universel », paru dans le magazine l’Histoire, n°444 février 2019, pp 55-56.

(6) La Constitution de la IIe République attribuait le pouvoir législatif à une assemblée unique, et l’exécutif « à un citoyen qui reçoit le titre de président de la République », élu au suffrage universel (masculin) à un seul tour. En l’absence de majorité absolue des votants, c’est l’Assemblée qui désignait le président parmi les cinq candidats ayant obtenu le plus de voix. (Michel Winock, article « A l’épreuve du suffrage universel », paru dans le magazine l’Histoire, n°444 février 2019, p56).

(7) Le candidat Louis-Napoléon Bonaparte s’était posé en « réconciliateur des classes, ami de la religion, protecteur des pauvres et défenseur des riches ». Comme l’analysa Karl Marx, qui était présent à Paris en mars et avril de cette même année, le vote du 10 décembre 1848 fut la victoire de la classe paysanne, « une réaction de la campagne contre la ville ». (Michel Winock, article « A l’épreuve du suffrage universel », paru dans le magazine l’Histoire, n°444 février 2019, p57).

(8) Maximilien est cité dans les Rapports et Délibérations du Conseil Général d’Eure et Loir en 1855, comme membre de la commission « Comptabilité » (source Gallica). Il le sera de même en 1859, comme membre de la commission « sujets divers » (!), puis encore en 1869, membre de la première commission « comptabilité » (source Gallica).

Notons que sous le Second Empire, si tout homme de plus de 25 ans pouvait se déclarer candidat, l’Etat désignait des candidats officiels. Le Préfet avait pour instruction de les aider par tous les moyens : subventions, bourrage d’urnes, menaces contre les candidats adverses… Ces pratiques n’étaient pas nouvelles mais furent systématisées par le Second Empire. Il est donc très probable, étant donnés le statut de Maximilien et la longévité de ses mandats, qu’il ait été un candidat officiel du régime, et donc son fervent soutien.

(9) Bail de 1867 entre la marquise des Ligneris et un cultivateur à Voisenon ; bail de 1874 même objet ; bail de 1880 entre la marquise des Ligneris et la ville de Melun pour louer un bâtiment à cette dernière (documents en ma possession, don de Madame Zivy).

(10) Source : états de services, base LEONORE du Ministère français de la Culture pour les médaillés de la Légion d’Honneur. Ces documents sont publiés en annexe, sur la page Documents et Sources.

(11) Dans les dessous de l’histoire, on découvre que son mari Charles Thourou de Bertinval avait contracté un premier mariage avant elle. Il avait 28 ans lorsqu’il épousa le 28 novembre 1804 Claudine Molland, une femme divorcée fille d’un Président des Requêtes au Parlement de Paris, avec un contrat de mariage sans communauté de biens. De façon étonnante, tandis que son père est très haut placé et sans doute fortuné, la mariée ne possède que quelques meubles, inventoriés dans l’acte. Les biens du mari ne sont en revanche volontairement pas inventoriés, ainsi qu’il est explicitement exposé dans le document. Le déséquilibre de leurs fortunes respectives apparaît ici évident, il s’agit sans doute d’un mariage d’amour, qui n’a peut-être pas déclenché l’enthousiasme des familles. On ne sait pas ce qu’il est advenu de la mariée ensuite, ni s’ils ont eu des enfants. (source : contrat de mariage en ma possession, don de Madame Zivy).

(12) Pour plus de détails sur cette bataille, on peut se reporter au site https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Frœschwiller-Wœrth_(1870) qui la décrit très bien. Les états de services de Jacques des Ligneris (base LEONORE) indiquent bien qu’il a commencé la campagne de 1870 le 6 août, au 8e Régiment de Cuirassiers.

(13) Pour se repérer, schéma de parenté :

schema de descendance Anne Louis et Augustin

Maximilien l’insouciant

Maximilien des Ligneris a 19 ans lorsqu’en 1832 une pandémie mondiale de choléra frappe la France. Partie d’Inde en 1826, elle avait atteint Moscou en 1830, provoquant des émeutes en Russie, puis traversé la Pologne et la Finlande. Elle arrive à Berlin en 1831, à Londres en février 1832, puis à Paris un mois plus tard avant de gagner une grande partie de la France. Des immigrants irlandais l’emmèneront au Québec. La maladie se propagera en Ontario et Nouvelle-Ecosse, avant que des passagers ne la fassent entrer aux Etats-Unis par Détroit et New-York. La pandémie atteindra l’Amérique du Sud en 1833 où elle durera jusqu’en 1848.

Maximilien et sa sœur Charlotte restent sans doute confinés par leur mère au château de Brocourt, dans la Somme. En six mois, le choléra fait 100.000 victimes en France, dont 20.000 morts à Paris. Les rues sont vides, plus personne n’ose sortir, et chacun se méfie de son voisin. De grands esprits scientifiques de l’époque succombent, notamment Sadi Carnot, père de la thermodynamique, mais aussi des personnalités politiques de premier plan comme le président du Conseil Casimir Périer. Cette pandémie constituera l’un des traumatismes majeurs du XIXème siècle.

Au cours de la décennie qui suit, le royaume de France connaît de profondes mutations sociales, économiques et politiques. Le roi Louis-Philippe est soucieux de réconcilier les Français, profondément divisés après la révolution de 1830, autour des principes de modération. Après avoir adopté le drapeau tricolore, supprimé la censure et accepté que le catholicisme cesse d’être religion d’Etat, il fait disparaître l’étiquette solennelle de la cour, et se promène dans les rues de Paris : sa simplicité le rend populaire.

Louis-Philippe gouverne au centre, faisant la synthèse de la tendance royaliste orléaniste et de la tendance libérale. Il n’est pas reconnu par les royalistes ultra, eux-mêmes scindés en deux branches concurrentes, ni par les bonapartistes qui soutiennent le prince Louis Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier.

La mise en place d’un régime parlementaire, et l’accession de la bourgeoisie aux affaires manufacturières et financières permettent un essor économique de première importance. La machine à vapeur et le train apparaissent en France et se développent, ainsi que les grands établissements industriels. (1)

Maximilien des Ligneris est alors un jeune rentier typique de la noblesse d’Ancien Régime. Il ne cherche pas à rentrer dans l’armée comme son père et son grand-père, mais chasse avec ses amis, et fréquente les salons  mondains. Il mène probablement grand train à Paris pendant une décennie et ne boude pas son plaisir.

La marquise de Béthisy se rendant à une soirée, 1835, tableau de Ch. Steuben, Musée des Beaux Arts de Lille. Maximilien des Ligneris doit beaucoup fréquenter ces salons mondains où se retrouvent les clans aristocratiques.

La marquise de Béthisy se rendant à une soirée, 1835, tableau de Ch. Steuben, Musée des Beaux Arts de Lille. Maximilien des Ligneris doit beaucoup fréquenter ces salons mondains.

Ce n’est qu’à 32 ans qu’il se décide à se marier. Peut-être sur l’insistance d’Antoinette, sa mère ? Toujours est-il qu’il épouse le 27 octobre 1845 à une heure de l’après-midi, à la mairie du premier arrondissement de Paris, Marie-Augusta Thourou de Bertinval, une jeune femme de 17 ans. Sa mère Anne-Laurence d’Origny est présente au mariage. En revanche son père Charles, baron de Bressolles, était décédé quatre ans plus tôt. (2) Au vu de leurs âges respectifs, Maximilien n’a pas pu rencontrer Marie-Augusta dans sa vie parisienne. Ce n’est vraisemblablement pas un mariage d’amour, mais un mariage arrangé, une alliance opportune pour les deux familles.

Maximilien est entouré de sa mère, son beau-père, ainsi que de son cousin et témoin le comte de Vallanglart. En revanche sa sœur Charlotte brille par son absence. Peut-être s’est-elle brouillée avec lui ou désapprouve-t-elle sa conduite insouciante. Contrairement à lui, elle est restée à Brocourt et s’est engagée dans la vie locale en fondant un pensionnat de jeunes filles. Elle ne se mariera jamais.

Pensionnat de jeunes filles de Brocourt

Pensionnat de jeunes filles de Brocourt

Les époux habitent un court moment à Paris, où naît rapidement un premier enfant prénommé Jacques Joseph Maximilien Charles, le 11 septembre 1846. Peut-être n’était-ce que le temps de remettre en état le château de Méréglise (Eure-et-Loir), qui devait être bien vide depuis le décès en 1827 du grand-père de Maximilien. Ils s’y établissent quelques mois après la naissance de Jacques. C’est là que naîtra leur second fils, Charles Marie Anne Théodore, le 2 novembre 1847.

Pour autant, tout à leur bonheur de nouveaux parents, peut-être ne voient-ils pas s’assombrir autour d’eux la situation générale du pays. La popularité du roi Louis-Philippe a commencé à décliner lorsque son gouvernement s’est fait de plus en plus conservateur et monarchique. Les conditions de vie de la population se sont détériorées,  les écarts de revenus ont augmenté. A partir de 1846, une crise agricole et économique dégrade la situation, attisée par le Parti Républicain, ce qui amène à un bouleversement politique majeur.

Ainsi, du 22 au 24 février 1848, la France renoue pour la troisième fois avec les révolutions. Ce fut néanmoins une surprise pour la plupart des acteurs : « l’événement me tomba sur la tête, absolument comme la foudre » nota l’orléaniste Albert de Broglie, tandis qu’à l’autre bout du spectre politique le socialiste Etienne Cabet se souvient que « la révolution est arrivée comme une bombe ou un éclair ». (3)

Lamartine, chef du gouvernement provisoire, 25 février 1848 (tableau de F. Philippoteaux, 1848, Musée Carnavalet ou Hôtel des Ligneris)

Lamartine, chef du gouvernement provisoire, devant l’Hôtel de Ville de Paris le 25 février 1848 (extrait du tableau de F. Philippoteaux, 1848, Musée Carnavalet alias Hôtel des Ligneris)

Au terme de trois jours de barricades et de combats dans les rues de Paris, le roi Louis-Philippe, alors âgé de 75 ans, abdique le 24 février 1848. Son fils héritier étant mort accidentellement six ans auparavant, il nomme son petit-fils comme successeur. La Chambre des Députés hésite, mais proclame la IIème République. La famille royale fuit immédiatement vers l’Angleterre, tandis que la foule envahit les Tuileries et dévaste le palais pendant plusieurs heures, à commencer par la salle du trône qui est saccagée.

Louis-Philippe en mars 1848 à Claremont House en Angleterre

Louis-Philippe en mars 1848, en exil à Claremont House en Angleterre. Une rare et exceptionnelle photo, l’une des premières au monde d’un souverain.

Ce n’est que le début d’une période très agitée, qui secouera toute l’Europe. Un « Printemps des Peuples » formé d’une succession d’insurrections et de révolutions presque concomitantes. Un idéalisme sentimental qui portera haut, en France, les idées de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.

Mais comment Maximilien et Marie-Augusta vont-ils traverser cette période qui menace leur rang social et leur mode de vie ? Que vont devenir leurs tout jeunes enfants ?

 

(1) Sources de ce paragraphe et du précédent : Histoire de France, Larousse, 1998 ; et Wikipédia, article sur Louis-Philippe Ier.

(2) Source : Acte de mariage du 27 octobre 1845, que l’on peut trouver sur la page « Documents et sources » ou ici. Marie Augusta avait donc perdu son père exactement au même âge que Maximilien avait perdu le sien.  Les proches de Maximilien qui l’accompagnent sont sa mère Antoinette (âgée de 57 ans), son beau-père Jean-Baptiste vicomte d’Hervilly (55 ans), et son cousin et témoin Jean-Marie Leroy comte de Vallanglart (37 ans). Les témoins de Marie-Augusta sont des membres de sa famille, Antoine comte de Nanteuil (68 ans), et Napoléon marquis de Bréhan (40 ans). Anne-Laurence d’Origny est âgée de 45 ans au moment du mariage de sa fille.

(3) Source : Magazine L’Histoire n°444, février 2018, p30, article de Quentin Deluermos.